Observatory on safety and prevention in Quebec, Canadacon't......
 Claudio Besozzi Analyst, Quebec Monitoring Agency
Pourquoi un Observatoire de la sécurité et de la prévention au Québec?
La création d’un Observatoire de la sécurité et de la prévention dans les milieux de vie répond aux besoins d’une politique ministérielle qui s’est posée comme objectif de « contribuer à la réduction de la criminalité réelle au Québec et de bâtir des milieux de vie plus sécuritaires pour les citoyens et les citoyennes (…) par la mise en œuvre de stratégies locales de prévention » [1].
L’Observatoire veut donc être, en premier lieu, un instrument au service des organismes et des personnes qui, au niveau local, régional et provincial, oeuvrent pour garantir aux citoyens une plus grande sécurité. Sa tâche consistera à fournir aux acteurs sociaux des informations, des outils et des analyses, leur permettant de
- Établir un état de la situation au niveau de la distribution de la sécurité et de l’insécurité dans les différents milieux de vie;
- Répertorier les ressources (individuelles, collectives) et les politiques mises en œuvre pour prévenir la criminalité;
- Reconnaître des phénomènes émergeants pouvant avoir, à court, moyen ou long terme, un impact sur la sécurité de la communauté;
- Décider en connaissance de cause des mesures à prendre en matière de prévention;
- Évaluer l’impact des actions entreprises.
Deuxièmement, l’Observatoire se pose comme objectif d’alimenter, à travers les informations recueillies, la recherche scientifique en matière de sécurité et de prévention dans les différents milieux de vie et d’accroître ainsi la connaissance des conditions qui favorisent, voir font obstacle à la sécurité. En tant que médiateur entre les milieux scientifiques et la communauté, il pourra également proposer aux instituts universitaires des thèmes de recherche qui se dégagent de ses observations sur le terrain.
L’Observatoire se comprend troisièmement comme un instrument pour encourager les citoyens à s’impliquer dans la co-production de la sécurité, comme un forum de discussion pour tous ceux qui, d’une façon ou d’une autre, sont concernés par la création de milieux de vie plus sécuritaires.
Plusieurs chantiers en cours
En vue de réaliser ses objectifs d’ici 2005-2006, l’équipe du CIPC a d’hors et déjà ouvert plusieurs chantiers. Nous en donnons ici un bref aperçu.
 Un premier chantier se propose d’établir un état des lieux sur la mesure des délinquances au niveau provincial. Il s’agit en particulier de faire le point sur les sources de données fournissant des informations sur les différentes formes de délinquance, d’en identifier les lacunes et d’évaluer leur apport en tant qu’outils d’observation et d’analyse. Les données répertoriées serviront en un premier temps à brosser un portrait de la sécurité et de la prévention dans les milieux de vie au Québec : portrait qui couvrira non seulement les différentes formes de délinquance, mais aussi des domaines plus flous comme les nuisances sociales et les incivilités. Pour autant que les données le permettent, l’accent sera mis, conformément à la vocation de l’Observatoire, sur la sécurité et la prévention dans les différents milieux de vie (résidence, voisinage, école, lieu de travail, rues et espaces publics, moyens de transport, institutions de prise en charge, etc.) et par rapport aux différents modes de vie de la population québécoise.
Un deuxième chantier est consacré à la construction, au choix et à l’évaluation des indicateurs dont va se servir l’Observateur pour décrire et analyser les différents aspects de la sécurité et de la prévention, les contextes sociaux dans lesquels l’une et l’autre se situent, les tendances. Un problème qui retient actuellement l’attention de l’équipe du CIPC est celui de la construction d’indicateurs pouvant être utilisés au niveau des collectivités locales. En effet, certaines mesures utilisées couramment au niveau national ou provincial (le taux de criminalité par exemple), perdent en partie leur raison d’être lorsqu’elles sont appliquées à des populations plus restreintes.
C’est dans cette même perspective qu’un troisième chantier va recueillir des données détaillées sur les municipalités du Québec, ceci en vue de construire une typologie des collectivités locales. Une telle typologie permettra à l’équipe du CIPC d’envisager la réalisation d’enquêtes sur échantillon stratifié selon le type de collectivité locale, en maximisant ainsi le nombre de personnes touchées à l’intérieur d’une même communauté et de mettre en relation les résultats avec les caractéristiques structurelles de celle-ci.

Au cours de la dernière décennie, l’idée de la prévention a sensiblement progressé au Québec. Ce mouvement s’est manifesté par la mise en place d’organismes de tout genre (au niveau provincial, régional, local) qui ont fait de la prévention leur objectif principal. Issus d’initiatives gouvernementales ou de la concertation entre citoyens, ces organismes ont multiplié les actions visant à prévenir des atteintes à la sécurité des personnes et des biens, et plus en général au bien-être de la population. Les ressources collectives de prévention mises à la disposition de groupes sociaux vulnérables (femmes, enfants, personnes âgées) et visant des comportements à risque (alcoolisme, toxicomanies, jeu compulsif, violence, suicide, agressions sexuelles) n’a cessé d’augmenter. Actuellement, comme l’a constaté le Ministère de la sécurité publique dans le document définissant la politique ministérielle en matière de prévention, personne n’est en mesure de dire combien de ces organismes existent, quels programmes de prévention ont été réalisés et encore moins avec quels effets. Par l’ouverture d’un quatrième chantier, l’équipe du CIPC se propose de pallier à cette lacune, en répertoriant dans une banque de données ces organismes, les programmes de prévention mis en place et les ressources (finances, personnel) mobilisées à cet effet.
Un cinquième chantier se propose enfin d’explorer, par la mise en place d’une banque de données sur les médias et par des entretiens avec des journalistes, la possibilité d’utiliser ces informations 1) pour mieux cerner la qualité des délinquances au Québec, 2) pour reconstruire l’image des délinquances à laquelle la population est confrontée et 3) pour analyser les processus qui donnent forme à cette image.
La suite des opérations
L’équipe du CIPC chargée de la réalisation du projet « Observatoire de la sécurité et de la prévention dans les milieux de vie » va déposer un premier rapport intermédiaire en automne 2004. Le document final sera soumis aux autorités auxquelles incombe la décision de la création de l’Observatoire au courant de l’année prochaine. Si les efforts du CIPC seront couronnées de succès, le Québec disposera d’un outil qui sera à même de fournir une aide efficace à tous ceux qui oeuvrent, au niveau provincial ou local, pour améliorer le bien-être des citoyens.
|